Le magazine professionnel l’UNION GIRONDINE fête ses 100 ans au service de la viticulture locale et il parait évident que la situation a changé pour tous les acteurs de la filière et les consommateurs; un petit recul en arrière peut permettre de nous rendre compte du chemin parcouru en un siècle, puisque le premier numéro du magazine professionnel est daté du 1er décembre 1922 !

Déjà quand on regarde les chiffres, on est un peu interloqué par les chiffres de la production locale pour les millésime 1922 ou pratiquement 7.2 millions d’hectolitres ont été produits, chiffre record qui n’a jamais été dépassé depuis ! Cette quantité astronomique correspondait en fait à une production d’environ un tiers de vins basiques contre deux tiers de vins qui entrèrent bien plus tard dans les zones d’appellations.

A partir de 1907, les vins de bordeaux se positionnent afin de définir leur délimitation car à l’époque étaient réunis sous une même bannière les vins de Gironde, Marmande et Bergerac, les appellations ne sont pas encore nées; on parle aussi d’une surface viticole girondine globalement autour de 135 000 hectares et d’un nombre pléthorique de producteurs de raison autour de 60 000 ! La moitié ont de toutes petites entités de l’ordre de 1 à 5 hectares, et l’on compte seulement 150 domaines de plus de 50 hectares; environ 1200domaines générant ce qui sera certainement considéré comme le meilleur, incluant crus classés et crus bourgeois d’aujourd’hui. Un seul classement entériné à cette époque, le fameux de 1855 et aucune appellation hormis les terminologues utilisées à l’époque pour désigner les différentes productions locales : vins de côtes, vins de graves et vins de palus. Pas encore de mouvement coopératif non plus, puisque celui-ci verra le jour après la grande dépression de 1929.

En 1922 aussi, quelques 15 000 châteaux emploient du personnel salarié que l’on estime à environ 110 000 personnes, chiffre tombé à 90 000 après la grande guerre, rehaussé par la suite par la vague des immigrants espagnols, comptabilisée autour de 10 000 unités environ.

À l’époque aussi, le commerce bordelais va bien et les vins locaux se vendent correctement grâce en particulier aux lignes de chemin de fer, qui alimentent le nord et la région parisienne; l’exportation reprend des forces après les 4 années de conflit européen et les premières grandes mutations commencent. Développement des vins fins au détriment des vins de table, le démarrage significatif des vins blancs secs de la robe droite prend des parts de marché aux vins rouges du médoc et des graves en riche gauche.

En 2022, les mutations continuent, la viticulture biologique prend ses marques, le marché intérieur est en difficulté, les appellations resserrent les règles, on lutte contre le changement climatique et pour finir nous arrivons à une concentration extrême des producteurs : 60 000 en 1922, 14 000 en 2000, 5378 en 2020 ! Où serons en 2122 ? Bien malin qui pourrait le prédire avec justesse à ce jour…

Source : l’Union Girondine n°1203 Novembre 2022

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